Docteure Papillon et Mister Z.

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mardi 19 décembre 2006

Prescription de crayons de couleurs

Nous avons admis une patiente schizophrène à l'étage. Pas pour sa schizophrénie mais pour un problème de santé physique. Ceci dit, ça ne l'empêche pas d'être encore schizophrène à ses heures perdues.

Entre autres, dès qu'elle s'ennuie, elle se met à faire des conneries, comme par exemple jouer avec un briquet et mettre le feu partout. Donc ils lui ont attribué un préposé 24h sur 24 pour la surveiller, avec de multiples prescriptions de tranquillisants majeurs et autres neuroleptiques comme contention chimique.

Nous sommes passés dans le dossier pour faire retirer le préposé 24h. À la place, on a prescrit un cahier à colorier et des crayons de couleurs.

Tu lui donnes ça, et elle est sage comme une image pendant des heures. Bien plus efficace que des anti-psychotiques, et sans effets secondaires.

dimanche 3 décembre 2006

Mon pays, c'est l'hiver, lalalère

L'hiver est arrivé avec le mois de décembre.

Il a commencé le 1er avec la première tempête de grésil et de verglas, délicieux prélude à ce qui s'en vient pour les cinq prochains mois. On a choisi ce jour, sûrement le meilleur de l'année, pour aller manifester notre désir ardent de ravoir nos stages dans les hôpitaux. Nous étions plus de 500 externes des quatre facultés de médecine du Québec et nous avons sillonné les rues du centre-ville de Montréal, fermées pour l'occasion. Laissez-moi vous dire qu'on a fait pitié, parce que les rues étaient de vraies patinoires, qu'il faisait un froid de canard et que de la glace nous pleuvait tristement sur la tête. Ça n'a rien changé à l'inutilité de la chose, ni au fait que je n'en ai pas vu un seul mot évoqué dans les médias télévisuels comme écrits. Pff.

Et aujourd'hui, c'est la première neige, toute belle, toute fraîche, toute blanche. Même si on n'a pas de voiture, je n'aime pas l'hiver... En fait, je déteste avoir froid, et j'ai tout le temps froid ! Même si j'ai étrenné pour l'occasion mon nouveau manteau tout chaud, et que nos skis de fond sont prêts à arpenter les pistes de Montréal et des environs, pour essayer de moins haïr l'hiver, justement ! On a même tout bien isolé nos fenêtres, histoire de faire notre part pour l'environnement.

Dans le dossier des médecins spécialistes... Le Conseil des services essentiels ne s'est toujours pas prononcé, et de toute façon j'ai bien peu d'espoir quant à l'impact de sa décision, quelle qu'elle soit. Je sais que le ministre Couillard a envoyé une lettre à tous les médecins spécialistes du Québec pour leur expliquer sa dernière offre et les réalités de la société québécoise. Je doute aussi de l'efficacité de cette mesure, mais il y a si peu que l'on puisse faire...

Demain, nous avons une autre AG, que j'espère moins bâillonnée que la dernière. Je sais que l'une des questions abordées sera de savoir si, oui ou non, les externes en médecine familiale auraient le privilège inouï de faire leur stage. Le pire est à craindre quant à la décision "populaire" à ce sujet...

Je prie pour un règlement du conflit cette semaine, date ultime avant que tous nos projets de vie (et sûrement à plein d'autres externes...) ne soient durablement chamboulés. Mais honnêtement : je n'y crois pas.

jeudi 30 novembre 2006

Audience publique du Conseil des services essentiels

Le Conseil doit rendre sa ou ses décisions ce soir, qui peut ensuite mettre 24-48h à être appliquée. Dans tous les cas, ça ne va pas régler le conflit, et peut-être même l'envenimer si ça mène à l'imposition d'une nouvelle loi spéciale, par exemple. Qui sait, peut-être s'en va-t-on vers la loi martiale, avec un militaire qui pointe une Kalachnikov sur la tête de chaque médecin spécialiste pour qu'il nous enseigne ! Bref, j'ai bien hâte de voir ça.

Impasse entre les médecins et Québec

Impasse entre Québec et les spécialistes

Le Conseil des services essentiels saisi de requêtes

Reprise des audiences

L'évaluation des écarts: état des lieux (très intéressant !)

Update en soirée : Décision reportée

Extrait-choc : Selon les avocats du gouvernement, l'obstruction procédurale de la FMSQ met en péril « toute une cohorte de futurs médecins ».

Quant à moi, j'ai écrit à la responsable de l'externat pour demander le retour des stages avec des généralistes. Je me suis fait répondre d'attendre l'AG de lundi soir. C'est con, parce que ça doit vouloir dire qu'ils vont demander l'avis des gens, et les gens, ils ne voudront pas que les stages qui le peuvent avancent !!

Je me demande si je ne vais pas tout simplement essayer d'aller en stage et d'obtenir un accord avec le responsable pour qu'il me reconnaisse ultérieurement les semaines accomplies, le cas échéant. Mais ça, c'est la carte que je garde dans ma manche, je n'allais quand même pas le dire à la direction de la faculté pour qu'ils prennent toutes les mesures nécessaires afin que ça n'arrive pas !

En attendant, une grosse manif est prévue demain dans le centre-ville. Je ne suis pas certaine de l'utilité ou de l'impact d'une telle action, mais on a si peu de marge de manoeuvre...

mercredi 29 novembre 2006

Le débat prend de l'ampleur

Les négociations n'avancent pas d'un iota et les déclarations honteuses du pitbull se succèdent à la télévision et à la radio.

En attendant, le débat enfle dans les médias qui abordent maintenant le sujet tous les jours. Il est clair que le gouvernement mesure la gravité de la situation pour nous, pauvres petites crottes d'étudiants en médecine qui ne valons pas grand-chose et que les spécialistes balaient du revers de la main. Et même le grand public doit commencer à le savoir, bien que ça le concerne peu. Malgré tout, des manifestations sont encore prévues pour faire un peu plus de bruit. Que pouvons-nous faire, de toute façon, à part subir ?

Les médecins spécialistes convoqués en médiation

Le Conseil des services essentiels convoque Couillard et les spécialistes

La Faculté de médecine de Sherbrooke suspend aussi ses stages

L'Université de Sherbrooke suspend ses stages

Des écarts considérables entre les spécialités

Somme moyenne versée aux médecins par la RAMQ en 2005

Rémunération moyenne des médecins au Canada en 2003-2004

Update fin de soirée :

C'est l'impasse entre Québec et les spécialistes

Rien ne va plus

On remarquera que la seule université qui a jugé bon de pénaliser plus encore que nécessaire tous ses étudiants sans distinction est la nôtre. Je continue de crier mon désaccord avec cet acte extrémiste et inutile. Il serait plus simple de faire nos stages avec les généralistes maintenant et alors qu'ils peuvent être faits sans encombre, évitant entre autres d'avoir à les refaire plus tard dans un contexte de milieux de stage surchargés. Par ailleurs, ça n'enlève rien à la portée de la décision des autres facultés, qu'elles aient arrêté "presque tout le monde" au lieu de "tout le monde".

J'espère que la faculté va modifier sa position d'ici lundi, début de mon stage de médecine familiale.

lundi 27 novembre 2006

Ça regarde mal...

Toujours pas d'entente à l'horizon...

Québec saisit le Conseil des services essentiels

Québec revient à la charge

Médecins spécialistes: Couillard durcit le ton

Update : Deux universités suspendent leurs stages de médecine

Le Conseil des services essentiels convoque la FMSQ et Québec

Les deux parties sont connes. Le gouvernement qui refuse de commencer par retirer sa vilaine loi 37. Les spécialistes qui refusent ne serait-ce que de négocier et qui refusent toutes les offres, laissant monter l'enchère. Se sentant tout-puissants.

Je commence mon lockout ce jour. Je dis "lockout" mais ce n'en est pas vraiment un : normalement quand un "employeur" fait ça, c'est pour faire plier le syndicat de ses employés ! Mais là, nous ne sommes qu'un "dommage collatéral", les otages de la prise d'otages... Même si nous voulions plier : ce n'est pas à nous de le faire !

Chose certaine, on y avait déjà pensé, au coup de forcer les médecins spécialistes à nous enseigner, la Faculté comme l'association étudiante. Et jamais on n'avait trouvé de loi ou de règle disant qu'ils devaient nous enseigner, surtout que c'est du quasi bénévolat cette affaire. Alors le Conseils des services essentiels peut toujours chercher...

En plus, qui a envie de retourner en stage avec des médecins frustrés obligés d'enseigner ? Vive les relations de travail !

Non, il faudrait vraiment que ça se règle autrement !

Update : très beau texte d'opinion dans La Presse, auquel j'adhère à 100%. Des pubs honteuses À lire absolument !

L'arrêt Chaouilli et le privé en santé

L’arrêt Chaouilli, c’est cette décision de la Cour Suprême du Canada statuant que le Québec ne peut interdire à un citoyen de prendre une assurance privée pour obtenir des soins médicaux. En effet, il a été jugé que l’attente dans le système public est parfois inacceptable et met en danger la vie et la santé des patients. Cet arrêt va même à l’encontre de la Loi canadienne sur la santé, dont les cinq principes fondamentaux sont : gestion publique, intégralité, universalité, transférabilité, accessibilité.

Québec, dans sa loi 33 du printemps dernier, cherche donc à garantir des délais raisonnables au public, recourant sinon à des cliniques privées aux frais de l’État. De plus, il est maintenant permis de contracter une assurance privée pour la chirurgie de la hanche, du genou et de la cataracte.

Pourquoi est-ce que le privé est une si mauvaise solution ?

On sait que le Québec consacre 9,6% de son PIB brut à la santé (comparativement à 10,9% au Canada, 10,2% en France et 14,7 % aux Etats-Unis), répartis actuellement en 30% de privé et 70% de public (une répartition comparable à la France). On peut donc constater que le privé est déjà bien impliqué au Québec (pensons aux dentistes, optométristes, physiothérapeutes, médicaments…). On peut aussi se surprendre des coûts aussi élevés aux Etats-Unis malgré une mauvaise couverture de la population. Quant à nous, si on se compare, on pourrait croire à voir ces chiffres que le financement de notre système de santé est adéquat et que le gros du problème réside dans l’organisation et l’efficacité du réseau, en particulier la première ligne.

Notre système de santé s’est toujours voulu juste, équitable et universel, et le consensus dans la société est toujours pour qu’il le demeure. Donner une plus grande part au privé à but lucratif a souvent été avancé comme une solution pour améliorer l’accessibilité des soins et contrôler les coûts. Pourtant, les exemples ailleurs ne semblent pas prouver que le privé améliore la situation…

La première étude (Devereaux et al., CMAJ 2002) est une revue systématique et une méta-analyse comparant les taux de mortalité entre les hôpitaux publics et privés aux Etats-Unis. Les résultats sont éloquents : les taux de mortalité pour les mêmes types de diagnostics/patients sont significativement plus élevés de 2% dans les hôpitaux à but lucratif. Les explications avancées en seraient : une proportion moins élevée de personnel hautement qualifié, l’obligation de dégager des profits de 10-15% et de payer des taxes. Le seconde étude de la même équipe (CMAJ 2004) compare les coûts absolus pour des services similaires dans des hôpitaux publics et d’autres à but lucratif. C’est aussi une revue systématique et méta-analyse, faisant état de coûts significativement supérieurs d’environ 19% dans les hôpitaux privés. Il est donc faux de croire que le privé permet de faire diminuer les coûts ou d’augmenter la qualité des soins…

La troisième étude vient de Woolhandler et al. (NEJM 2003) et compare les coûts de l’administration de la santé entre le Canada et les Etats-Unis. Ces coûts sont beaucoup plus élevés aux Etats-Unis, représentant 31% des dépenses de santé (1059 $ per capita), comparativement à 16% au Canada (307 $ per capita). À croire que la gestion publique du réseau n’est pas si désavantageuse !

Les conséquences du privé en santé sont potentiellement nuisibles, il devrait donc être réglementé et contrôlé de façon stricte. Quant à l’accessibilité, de façon conceptuelle, on voit mal comment le fait de répartir différemment l’offre limitée de médecins et de personnel en contexte de pénurie (certains en privé et d’autres en public) pourrait faire autrement que de simplement déplacer le problème. Ceux qui payent auront peut-être un meilleur accès, mais au détriment du système public, où les listes d’attente s’allongeront. Ceci est d’ailleurs bien démontré par l’expérience au Manitoba, en Alberta, au Royaume-Uni et en Australie (dans À bas les mythes sur le système privé parallèle et les temps d’attente, 2005).

Pour terminer sur le privé, on a plusieurs fois démontré que de lui ouvrir la porte augmente les coûts totaux de la santé (et ce sont toujours les citoyens qui payent au fond), augmente les listes d’attente dans le public et augmente aussi les coûts de gestion du système de santé. Pourtant, l’arrêt Chaoulli va quand même dans ce sens… C’est que d’un point de vue purement individuel plutôt que populationnel, la personne qui a les moyens de se payer un service privé est effectivement objectivement avantagée. Elle réclame donc ce « droit » à grand cri, même au détriment des autres.

Au fond, si le système de soins était satisfaisant, il ne serait pas nécessaire d’avoir recours au privé et la solution réside dans le fait de le rendre satisfaisant. Et si nous sommes prêts à nous payer en double une assurance privée tellement cela nous importe, c’est que nous serions aussi prêts à en payer un peu plus par nos impôts, le cas échéant. Personnellement, j’aurais honte que notre système en devienne un comme celui des Etats-Unis où tellement de malades sont des laissés pour compte du système de soins…

Or il existe bien d'autres formes de privés que celui des États-Unis, comme par exemple les fameux PPP (partenariats public-privé), où une entreprise privée offre un service public selon des normes de services strictes fixées par l'État. À la limite, un cabinet de médecins est déjà un PPP. En France, cette forme de privé existe effectivement beaucoup, de nombreux hôpitaux privés offrent par exemple des chirurgies (40% des hôpitaux en France sont privés à but lucratif, plus 33% à but non lucratif et seulement 25% sont publics). Mais les médecins y sont toujours rémunérés par la Sécurité sociale et les patients y sont également remboursés par la Sécu. Pas d'inégalité !

L'OMS place le système de santé français au premier rang mondial quant à son efficacité globale (état de santé de la population par rapport aux sommes investies). Le Canada arrive 30e et les États-Unis 37e. À noter que les États-Unis tombent au rang 72 d'après les effets sur le niveau de santé. Il faut aussi mentionner que la France compte un grand nombre de médecins actifs par rapport à sa population (329 par 100 000 habitants, comparativement à 209 par 100 000 habitants au Canada), mais qu'ils sont bien moins bien rémunérés qu'en Amérique du Nord...

En gros, c'est vraiment un système où le privé est omniprésent, pour le bien-être du plus grand nombre. Et le filet social ne laisse personne à découvert. (Seul bémol au tableau, le déficit monstrueux de la Sécurité sociale française, qui est prévu à 8 milliards d'euros en 2007, ce qui représente pourtant une légère baisse du déficit !)

Les PPP, une partie de la solution ? Peut-être, mais il ne faudrait pas oublier de combler la pénurie de personnels, et d'améliorer l'efficacité du réseau actuel. (La grande question est : jusqu'où va la volonté politique ? Après tout, une pénurie et un mauvais accès, c'est aussi une façon de contrôler les coûts...!)

samedi 25 novembre 2006

Étudiante en lockout et mécontente

Bon eh bien à partir de lundi, je serai en lockout pour une période indéterminée. (Pour les Français qui ne savent pas, un lockout, c'est le contraire d'une grève : c'est quand les dirigeants interdisent à leurs employés de venir travailler, comme moyen de pression pour obtenir quelque chose...)

E-mail de la Faculté : "Depuis le début du conflit actuel, la qualité de l'enseignement et de l'encadrement pédagogique à l'externat dans les hôpitaux de notre réseau se détériore de jour en jour.

À moins d'avis contraire, à compter de lundi le 27 novembre AM tous les stages de l'externat seront suspendus (incluant les stages de médecine familiale et les stages à option etc.).

À partir de cette date, aucune journée de stage d'externat ne sera validée. (...)

Jean Rouleau MD. Doyen Raymond Lalande MD. Vice Doyen aux études de premier cycle Marie-Josée Bédard MD. Directrice de l'externat"

Je dois quand même rendre mes nombreux travaux de santé publique, préparer une présentation au cas où le conflit se règlerait et étudier pour l'examen qui aura tout de même lieu jeudi.

Mais je n'ai plus le droit de me présenter en stage. Pour celui-ci, ça va, il sera validé quand même.

Pour le suivant, je suis encore plus furieuse. C'est mon stage de médecine familiale (donc intact), j'y tiens, et on m'interdirait d'y aller ? J'ai envie de rompre le lockout et de m'y présenter quand même !

La Faculté est sensée représenter tous ses étudiants et agir dans leur meilleur intérêt. Je leur donne même 3000 $ par année pour ça depuis 5 ans. Je trouve très dommage qu'ils choisissent de pénaliser aussi des gens dont les stages sont intacts. Ça limiterait les pots cassés tout en évitant de devoir faire reprendre en mai-juin des stages qui auraient très bien pu se faire normalement et dans de bonnes conditions en décembre !

Qu'est-ce que ça enlève de plus à quelqu'un qui n'a plus ses stages que moi j'y aille encore ? Ça ne m'empêche pas de compatir et de dénoncer...

Quand je vois un handicapé dans la rue, je ne me tire pas dans le pied pour être handicapée moi aussi, par "solidarité" et pour qu'on soit tous également handicapés ! Et je n'ai pas non plus envie qu'une entité supérieure me tire dans le pied...

Prochaine AG sûrement lundi soir...

Tous les externes en médecine privés de stage à l'UdeM

Les médecins résidents ont de la sympathie pour les spécialistes

Les étudiants en médecine montent au front

Manif des étudiants en médecine à Québec

Les étudiants veulent la fin des moyens de pression

mercredi 22 novembre 2006

Assemblée générale du 20 novembre

Voilà, le moment fatidique de l'assemblée générale extraordinaire de l'association étudiante est passé.

On y a d'abord rencontré le doyen. D'habitude, c'est le vice-doyen qui s'occupe de nous, c'était la première fois que je voyais son supérieur direct. C'est dire si l'heure est grave !

On y a appris que la Faculté songe à nous retirer de tous des milieux de stage lundi le 27 novembre, si le conflit avec les médecins spécialistes n'est toujours pas réglé. En effet, elle estime ne pas pouvoir continuer à assurer notre formation dans ces conditions. Elle estime aussi que c'est une façon de nous rendre "solidaires" les uns des autres, et de jouer le tout pour le tout pour faire pression et que le conflit se règle. Par la suite, nous avons eu des échos selon lesquels si, le 15 décembre prochain, le conflit n'est toujours pas réglé et que nous sommes toujours hors stages, eh bien notre année serait foutue à l'eau et bonne à reprendre l'an prochain.

Pour l'externe 2 que je suis, cela signifie de ne pas pouvoir commencer la résidence (avec salaire...) le premier juillet prochain. C'est un très gros sacrifice dans ma vie, en fait, c'est intolérable. J'ose espérer que ce ne sont "que" des messages subliminaux au gouvernement pour qu'il règle la situation...

Pour mon stage actuel, même en manquant la dernière semaine, il devrait être possible de le valider en soumettant tous les travaux et en passant l'examen. J'espère qu'ils nous laisseront le passer, je n'ai pas envie de tout recommencer en mai prochain !

Apparemment, aujourd'hui le 22 novembre était un grand jour de négociation entre la FMSQ et le gouvernement. Je n'ai vu aucune nouvelle à la télé à ce sujet, ce qui signifie qu'ils ne se sont sûrement entendus sur aucune solution. Donc ça augure mal pour lundi prochain : nous serons probablement en "lockout". À moins d'un blitz de négociations efficace... C'est spécial comme position, pour un étudiant, de ne pas pouvoir aller étudier même si son stage n'est pas touché. Je continue à m'y opposer et je trouve très dommage de risquer de sacrifier une classe d'externes 2. (Au passage, nous sommes aussi la plus grande faculté de médecine au Canada, donc il va manquer plusieurs médecins sur le marché dans quelques années...)

Bref.

Ensuite, c'est le pitbull en personne, le Dr. Barrette, nouveau président radical de la FMSQ, qui est venu nous parler avec un acolyte à l'air moins antipathique. Il a usé de toutes les plus belles méthodes de rhétorique pour nous mettre dans sa poche et nous expliquer pourquoi ils étaient obligés de faire ce qu'ils font. Comprenez, c'est triste, il faut vraiment que les médecins gagnent plus d'argent, et au-delà, qu'ils aient plus de pouvoir ! Les lois spéciales doivent cesser...

Le pire, c'est que le public embarquait ! Riait aux petites blagues, applaudissait. J'étais furieuse.

Après le brainwashing, nous sommes passés à l'assemblée. Nombre de mes collègues étaient POUR les médecins spécialistes. Allez-y flagellez-nous, encore un peu plus SVP ! Qu'est-ce que c'est qu'une année dans notre vie ? L'enjeu est tellement important, notre sacrifice actuel n'est rien ! Et ainsi de suite. Atmosphère électrique.

Il fut donc voté une position en faveur des revendications de la FMSQ, bien qu'opposée à leurs moyens de pression et pour un retour à l'enseignement... Au terme d'une assemblée très anti-démocratique où le vote arrivait bien avant que les gens au micro aient eu le temps de s'exprimer. Il faut dire que l'impatience régnait : nous étions 800 dans une salle pouvant en contenir 250 (assis cordés sur les tables plutôt que sur les chaises) et que cela faisait déjà plusieurs heures que nous étions là.

Enfin fut votée une motion de soutien à la décision de la Faculté de nous retirer tous de stage lundi prochain.

Mon unique soulagement : une grève immédiate ne fut pas votée. De quoi essayer de valider mon stage actuel, minimalement.

Il paraît que les externes de l'Université Laval à Québec sont tous mis à la porte de leurs milieux déjà et que ça commence à McGill. McGill songerait d'ailleurs aussi à retirer ses externes lundi prochain, mais en épargnant les externes 2 de la mesure, histoire de ne pas les pénaliser. Des fois, j'aimerais mieux étudier à McGill...

Pourquoi suis-je en furie ? Parce que mes collègues ne réalisent pas la réalité de la société québécoise. En particulier une réalité très décevante : l'argent ne pousse pas dans les arbres ! Je ne vois tout bonnement pas comment le gouvernement pourrait offrir une augmentation salariale de 44% à tous ses médecins. Le conflit peut durer longtemps, parti comme il est...

Je trouve aussi que mes collègues se sont laissés brainwasher par la FMSQ et sa rhétorique manipulatrice. Il aurait sûrement fallu rester neutres sur le sujet, autant par souci de cohésion entre nous que pour se laisser le temps de réfléchir et de rencontrer aussi les représentants du gouvernement.

En attendant, je suis très inquiète pour la bonne marche de mon année scolaire. Le pire, c'est que mon stage suivant, la médecine familiale, aurait aussi tout le potentiel pour être complètement intact, les généralistes n'étant pas en moyens de pression ! Donc ce qui va me plomber, c'est ma Faculté elle-même... Bizarre de situation, c'est le moins qu'on puisse dire.

dimanche 19 novembre 2006

Encore des moyens de pression

Il y a quelques années, sous un autre gouvernement, il avait été reconnu par lettre d'entente entre les médecins spécialistes du Québec et le Ministère de la santé qu'un écart salarial trop important existait dans la rémunération, par rapport à la moyenne canadienne, et qu'il fallait le combler. Cet écart était alors estimé à 10-20 % par le gouvernement et à 44 % par les médecins spécialistes.

En juin dernier, à la fin de la saison parlementaire, le gouvernement provincial a décidé de passer le bâillon et d'imposer plusieurs lois (comme la privatisation du Mont Orford). Ils en ont profité pour imposer une loi (la loi 37) aux médecins spécialistes, leur fixant une augmentation de salaire de 2 % par année pendant 4 ans comme à tous les fonctionnaires de l'État, et leur interdisant tous moyens de pression. Ceci a coupé court aux négociations qui avaient alors lieu entre les deux parties.

Depuis ce temps, les médecins spécialistes sont furieux tout en ayant peu de moyens de manoeuvre.

Depuis juin, ils font discrètement monter les moyens de pression. Tout a commencé par l'annulation pure et simple de cours donnés aux externes, souvent peu ou pas payés. Depuis 2 semaines, des milieux de stage entiers ont commencé soit à interdire l'accès aux externes, soit à les tolérer mais sans échanger une parole avec eux. L'hôpital Maisonneuve et l'hôpital Sainte-Justine sont actuellement fermés aux externes. Actuellement, environ les 3/4 des 420 externes de l'Université de Montréal sont en chômage forcé à la maison. Leurs stages sont remis en cause et il faudra les reprendre un jour ou l'autre. Ces stages sont obligatoires pour l'obtention du diplôme, ils sont à la base de notre apprentissage.

Les stages touchés vont de la médecine interne à la chirurgie en passant par la pédiatrie et la gynéco-obstétrique, et ce, dans tous les hôpitaux. En fait, il est plus simple de parler de ceux qui ne sont pas touchés : ce sont principalement les stages qui se font avec des médecins généralistes, comme la médecine familiale, la gériatrie, l'urgence. Et aussi la santé communautaire (qui se donne à la direction de la santé publique de Montréal), où je suis actuellement moi-même en stage.

Que faire ? Les étudiants en médecine sont pris entre l'arbre et l'écorce. Les médecins spécialistes prétendent qu'ils font ça pour nos futures conditions de travail, donc pour nous. Ils ont voté à main levée, à leur dernière assemblée, comme quoi ils seraient prêts à nous faire perdre jusqu'à 2 ans de notre formation pour obtenir leur augmentation de salaire de 44%. Ils admettent qu'il s'agit là d'un "dommage collatéral".

Beaucoup d'étudiants bouillonnent de colère et trouvent que le sacrifice actuel de leur stage ne donne rien et que tout le monde s'en fout. Ils n'ont pas complètement tort. Ils se demandent si nous ne devrions pas tomber en grève illimitée, tous les étudiants en médecine, en bloc. Cela aurait plus d'impact. À vrai dire, même la Faculté envisage de cesser notre formation comme moyen de pression sur le ministre ! Ça donne une idée d'où on est rendus... Des manifestations sont organisées, certains se demandent si ce n'est pas faire le jeu des médecins spécialistes, qui nous utilisent comme des marionnettes, que d'aller manifester "pour eux" (en fait, pour notre enseignement...). Notre position est délicate mais il faut bien faire quelque chose.

Il faut dire ce qui est, les médecins spécialistes se comportent comme des goujats. Ne plus parler aux étudiants, les ignorer purement et simplement, c'est assez vulgaire, quand on y pense.

J'ai dit que mon stage actuel n'était pas touché, mais ce n'est pas dire que je ne subis aucun impact de la situation. La célèbre gynéco-obstétricienne de Sainte-Justine, que l'on voit presque tous les jours à la télé en ce moment, m'avait donné son accord début octobre pour me faire une lettre de recommandation dans le cadre de mes demandes d'admission en résidence. Évidemment, j'avais remarqué que ma demande traînait et qu'aucune lettre n'était rédigée. La sachant très "fâchée" et très "impliquée" dans cette lutte avec le gouvernement, je commençais à me douter et je suis maintenant certaine qu'elle ne me fera jamais cette lettre dont j'ai pourtant besoin. Ce que je dénonce, c'est le fait de mentir, de ne pas me prévenir que je devrais me trouver un autre référent.

Je dois avouer que je serais furieuse de tomber en grève forcée (que ce soit par l'association étudiante ou directement par la Faculté) et de ne pas pouvoir continuer mes stages qui sont pourtant intacts. C'est se tirer dans le pied que de ne pas profiter du peu d'enseignement encore disponible. Personnellement, j'ai signé un contrat qui m'oblige à commencer ma résidence le 1er juillet prochain. La série d'événements qui va y mener comprend l'examen final de médecine pancanadien en mai, suivi normalement de presque 2 mois de vacances. Je refuse de devoir reprendre des stages à ce moment.

J'estime avoir droit à ces vacances et les mériter amplement après un externat éreintant. J'ai des projets de voyage qui me tiennent à coeur à ce moment et que je ne pourrai jamais retrouver à aucun moment futur de ma vie.

Je suis consciente que ma position n'est pas très "solidaire". Mais je dénonce tout autant que mes collègues les moyens de pression des médecins spécialistes, et je les déplore totalement. Je compatis vivement avec ceux qui sont touchés. Je suis prête à me joindre aux manifestations organisées, à crier sur tous les toits l'injustice grave qui est commise envers nous.

Le pire, c'est qu'on n'a aucune prise sur les médecins spécialistes ! Il n'est pas écrit dans la loi qu'ils doivent nous enseigner. On ne peut les poursuivre en justice ni les obliger à le faire. D'ailleurs, "officiellement", ils ne le font pas de manière "concertée" (puisque c'est interdit par la loi 37), mais sur une base purement "individuelle" (mais tous en même temps, n'est-ce pas ?).

Le nouveau président qu'ils se sont élus jeudi soir, Dr. Barrette, est le plus radical qu'ils pouvaient trouver. Apparemment, il est prêt à faire monter la pression y compris sur les patients, par un moyen "subtil" : retarder les congés des patients aux étages par prudence et excès de zèle, ce qui fera déborder tout le réseau très rapidement.

Quant aux étudiants, notre prochaine assemblée générale est prévue lundi soir, et je me permets de craindre pour la bonne marche de mon année scolaire.

Je me permets aussi de craindre pour les futures relations entre étudiants et spécialistes. Personnellement, je me sens déjà pleine de rancune... Sur le plan humain, la situation est tout simplement intolérable. Tout ça pour se mettre plus d'argent dans les poches, quelle horreur quand même !

La relève prise entre deux feux

Menace de grève chez les obstétriciens

Pressions accrues

Nouvelle offre aux médecins spécialistes

Le bras de fer se poursuit

Les spécialistes rejettent l'offre du ministre

Couillard et les résidents invitent les spécialistes à négocier

Couillard prêt à négocier

Les spécialistes diagnostiquent une ouverture