Docteure Papillon et Mister Z.

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samedi 25 novembre 2006

Étudiante en lockout et mécontente

Bon eh bien à partir de lundi, je serai en lockout pour une période indéterminée. (Pour les Français qui ne savent pas, un lockout, c'est le contraire d'une grève : c'est quand les dirigeants interdisent à leurs employés de venir travailler, comme moyen de pression pour obtenir quelque chose...)

E-mail de la Faculté : "Depuis le début du conflit actuel, la qualité de l'enseignement et de l'encadrement pédagogique à l'externat dans les hôpitaux de notre réseau se détériore de jour en jour.

À moins d'avis contraire, à compter de lundi le 27 novembre AM tous les stages de l'externat seront suspendus (incluant les stages de médecine familiale et les stages à option etc.).

À partir de cette date, aucune journée de stage d'externat ne sera validée. (...)

Jean Rouleau MD. Doyen Raymond Lalande MD. Vice Doyen aux études de premier cycle Marie-Josée Bédard MD. Directrice de l'externat"

Je dois quand même rendre mes nombreux travaux de santé publique, préparer une présentation au cas où le conflit se règlerait et étudier pour l'examen qui aura tout de même lieu jeudi.

Mais je n'ai plus le droit de me présenter en stage. Pour celui-ci, ça va, il sera validé quand même.

Pour le suivant, je suis encore plus furieuse. C'est mon stage de médecine familiale (donc intact), j'y tiens, et on m'interdirait d'y aller ? J'ai envie de rompre le lockout et de m'y présenter quand même !

La Faculté est sensée représenter tous ses étudiants et agir dans leur meilleur intérêt. Je leur donne même 3000 $ par année pour ça depuis 5 ans. Je trouve très dommage qu'ils choisissent de pénaliser aussi des gens dont les stages sont intacts. Ça limiterait les pots cassés tout en évitant de devoir faire reprendre en mai-juin des stages qui auraient très bien pu se faire normalement et dans de bonnes conditions en décembre !

Qu'est-ce que ça enlève de plus à quelqu'un qui n'a plus ses stages que moi j'y aille encore ? Ça ne m'empêche pas de compatir et de dénoncer...

Quand je vois un handicapé dans la rue, je ne me tire pas dans le pied pour être handicapée moi aussi, par "solidarité" et pour qu'on soit tous également handicapés ! Et je n'ai pas non plus envie qu'une entité supérieure me tire dans le pied...

Prochaine AG sûrement lundi soir...

Tous les externes en médecine privés de stage à l'UdeM

Les médecins résidents ont de la sympathie pour les spécialistes

Les étudiants en médecine montent au front

Manif des étudiants en médecine à Québec

Les étudiants veulent la fin des moyens de pression

mercredi 22 novembre 2006

Assemblée générale du 20 novembre

Voilà, le moment fatidique de l'assemblée générale extraordinaire de l'association étudiante est passé.

On y a d'abord rencontré le doyen. D'habitude, c'est le vice-doyen qui s'occupe de nous, c'était la première fois que je voyais son supérieur direct. C'est dire si l'heure est grave !

On y a appris que la Faculté songe à nous retirer de tous des milieux de stage lundi le 27 novembre, si le conflit avec les médecins spécialistes n'est toujours pas réglé. En effet, elle estime ne pas pouvoir continuer à assurer notre formation dans ces conditions. Elle estime aussi que c'est une façon de nous rendre "solidaires" les uns des autres, et de jouer le tout pour le tout pour faire pression et que le conflit se règle. Par la suite, nous avons eu des échos selon lesquels si, le 15 décembre prochain, le conflit n'est toujours pas réglé et que nous sommes toujours hors stages, eh bien notre année serait foutue à l'eau et bonne à reprendre l'an prochain.

Pour l'externe 2 que je suis, cela signifie de ne pas pouvoir commencer la résidence (avec salaire...) le premier juillet prochain. C'est un très gros sacrifice dans ma vie, en fait, c'est intolérable. J'ose espérer que ce ne sont "que" des messages subliminaux au gouvernement pour qu'il règle la situation...

Pour mon stage actuel, même en manquant la dernière semaine, il devrait être possible de le valider en soumettant tous les travaux et en passant l'examen. J'espère qu'ils nous laisseront le passer, je n'ai pas envie de tout recommencer en mai prochain !

Apparemment, aujourd'hui le 22 novembre était un grand jour de négociation entre la FMSQ et le gouvernement. Je n'ai vu aucune nouvelle à la télé à ce sujet, ce qui signifie qu'ils ne se sont sûrement entendus sur aucune solution. Donc ça augure mal pour lundi prochain : nous serons probablement en "lockout". À moins d'un blitz de négociations efficace... C'est spécial comme position, pour un étudiant, de ne pas pouvoir aller étudier même si son stage n'est pas touché. Je continue à m'y opposer et je trouve très dommage de risquer de sacrifier une classe d'externes 2. (Au passage, nous sommes aussi la plus grande faculté de médecine au Canada, donc il va manquer plusieurs médecins sur le marché dans quelques années...)

Bref.

Ensuite, c'est le pitbull en personne, le Dr. Barrette, nouveau président radical de la FMSQ, qui est venu nous parler avec un acolyte à l'air moins antipathique. Il a usé de toutes les plus belles méthodes de rhétorique pour nous mettre dans sa poche et nous expliquer pourquoi ils étaient obligés de faire ce qu'ils font. Comprenez, c'est triste, il faut vraiment que les médecins gagnent plus d'argent, et au-delà, qu'ils aient plus de pouvoir ! Les lois spéciales doivent cesser...

Le pire, c'est que le public embarquait ! Riait aux petites blagues, applaudissait. J'étais furieuse.

Après le brainwashing, nous sommes passés à l'assemblée. Nombre de mes collègues étaient POUR les médecins spécialistes. Allez-y flagellez-nous, encore un peu plus SVP ! Qu'est-ce que c'est qu'une année dans notre vie ? L'enjeu est tellement important, notre sacrifice actuel n'est rien ! Et ainsi de suite. Atmosphère électrique.

Il fut donc voté une position en faveur des revendications de la FMSQ, bien qu'opposée à leurs moyens de pression et pour un retour à l'enseignement... Au terme d'une assemblée très anti-démocratique où le vote arrivait bien avant que les gens au micro aient eu le temps de s'exprimer. Il faut dire que l'impatience régnait : nous étions 800 dans une salle pouvant en contenir 250 (assis cordés sur les tables plutôt que sur les chaises) et que cela faisait déjà plusieurs heures que nous étions là.

Enfin fut votée une motion de soutien à la décision de la Faculté de nous retirer tous de stage lundi prochain.

Mon unique soulagement : une grève immédiate ne fut pas votée. De quoi essayer de valider mon stage actuel, minimalement.

Il paraît que les externes de l'Université Laval à Québec sont tous mis à la porte de leurs milieux déjà et que ça commence à McGill. McGill songerait d'ailleurs aussi à retirer ses externes lundi prochain, mais en épargnant les externes 2 de la mesure, histoire de ne pas les pénaliser. Des fois, j'aimerais mieux étudier à McGill...

Pourquoi suis-je en furie ? Parce que mes collègues ne réalisent pas la réalité de la société québécoise. En particulier une réalité très décevante : l'argent ne pousse pas dans les arbres ! Je ne vois tout bonnement pas comment le gouvernement pourrait offrir une augmentation salariale de 44% à tous ses médecins. Le conflit peut durer longtemps, parti comme il est...

Je trouve aussi que mes collègues se sont laissés brainwasher par la FMSQ et sa rhétorique manipulatrice. Il aurait sûrement fallu rester neutres sur le sujet, autant par souci de cohésion entre nous que pour se laisser le temps de réfléchir et de rencontrer aussi les représentants du gouvernement.

En attendant, je suis très inquiète pour la bonne marche de mon année scolaire. Le pire, c'est que mon stage suivant, la médecine familiale, aurait aussi tout le potentiel pour être complètement intact, les généralistes n'étant pas en moyens de pression ! Donc ce qui va me plomber, c'est ma Faculté elle-même... Bizarre de situation, c'est le moins qu'on puisse dire.

dimanche 19 novembre 2006

Encore des moyens de pression

Il y a quelques années, sous un autre gouvernement, il avait été reconnu par lettre d'entente entre les médecins spécialistes du Québec et le Ministère de la santé qu'un écart salarial trop important existait dans la rémunération, par rapport à la moyenne canadienne, et qu'il fallait le combler. Cet écart était alors estimé à 10-20 % par le gouvernement et à 44 % par les médecins spécialistes.

En juin dernier, à la fin de la saison parlementaire, le gouvernement provincial a décidé de passer le bâillon et d'imposer plusieurs lois (comme la privatisation du Mont Orford). Ils en ont profité pour imposer une loi (la loi 37) aux médecins spécialistes, leur fixant une augmentation de salaire de 2 % par année pendant 4 ans comme à tous les fonctionnaires de l'État, et leur interdisant tous moyens de pression. Ceci a coupé court aux négociations qui avaient alors lieu entre les deux parties.

Depuis ce temps, les médecins spécialistes sont furieux tout en ayant peu de moyens de manoeuvre.

Depuis juin, ils font discrètement monter les moyens de pression. Tout a commencé par l'annulation pure et simple de cours donnés aux externes, souvent peu ou pas payés. Depuis 2 semaines, des milieux de stage entiers ont commencé soit à interdire l'accès aux externes, soit à les tolérer mais sans échanger une parole avec eux. L'hôpital Maisonneuve et l'hôpital Sainte-Justine sont actuellement fermés aux externes. Actuellement, environ les 3/4 des 420 externes de l'Université de Montréal sont en chômage forcé à la maison. Leurs stages sont remis en cause et il faudra les reprendre un jour ou l'autre. Ces stages sont obligatoires pour l'obtention du diplôme, ils sont à la base de notre apprentissage.

Les stages touchés vont de la médecine interne à la chirurgie en passant par la pédiatrie et la gynéco-obstétrique, et ce, dans tous les hôpitaux. En fait, il est plus simple de parler de ceux qui ne sont pas touchés : ce sont principalement les stages qui se font avec des médecins généralistes, comme la médecine familiale, la gériatrie, l'urgence. Et aussi la santé communautaire (qui se donne à la direction de la santé publique de Montréal), où je suis actuellement moi-même en stage.

Que faire ? Les étudiants en médecine sont pris entre l'arbre et l'écorce. Les médecins spécialistes prétendent qu'ils font ça pour nos futures conditions de travail, donc pour nous. Ils ont voté à main levée, à leur dernière assemblée, comme quoi ils seraient prêts à nous faire perdre jusqu'à 2 ans de notre formation pour obtenir leur augmentation de salaire de 44%. Ils admettent qu'il s'agit là d'un "dommage collatéral".

Beaucoup d'étudiants bouillonnent de colère et trouvent que le sacrifice actuel de leur stage ne donne rien et que tout le monde s'en fout. Ils n'ont pas complètement tort. Ils se demandent si nous ne devrions pas tomber en grève illimitée, tous les étudiants en médecine, en bloc. Cela aurait plus d'impact. À vrai dire, même la Faculté envisage de cesser notre formation comme moyen de pression sur le ministre ! Ça donne une idée d'où on est rendus... Des manifestations sont organisées, certains se demandent si ce n'est pas faire le jeu des médecins spécialistes, qui nous utilisent comme des marionnettes, que d'aller manifester "pour eux" (en fait, pour notre enseignement...). Notre position est délicate mais il faut bien faire quelque chose.

Il faut dire ce qui est, les médecins spécialistes se comportent comme des goujats. Ne plus parler aux étudiants, les ignorer purement et simplement, c'est assez vulgaire, quand on y pense.

J'ai dit que mon stage actuel n'était pas touché, mais ce n'est pas dire que je ne subis aucun impact de la situation. La célèbre gynéco-obstétricienne de Sainte-Justine, que l'on voit presque tous les jours à la télé en ce moment, m'avait donné son accord début octobre pour me faire une lettre de recommandation dans le cadre de mes demandes d'admission en résidence. Évidemment, j'avais remarqué que ma demande traînait et qu'aucune lettre n'était rédigée. La sachant très "fâchée" et très "impliquée" dans cette lutte avec le gouvernement, je commençais à me douter et je suis maintenant certaine qu'elle ne me fera jamais cette lettre dont j'ai pourtant besoin. Ce que je dénonce, c'est le fait de mentir, de ne pas me prévenir que je devrais me trouver un autre référent.

Je dois avouer que je serais furieuse de tomber en grève forcée (que ce soit par l'association étudiante ou directement par la Faculté) et de ne pas pouvoir continuer mes stages qui sont pourtant intacts. C'est se tirer dans le pied que de ne pas profiter du peu d'enseignement encore disponible. Personnellement, j'ai signé un contrat qui m'oblige à commencer ma résidence le 1er juillet prochain. La série d'événements qui va y mener comprend l'examen final de médecine pancanadien en mai, suivi normalement de presque 2 mois de vacances. Je refuse de devoir reprendre des stages à ce moment.

J'estime avoir droit à ces vacances et les mériter amplement après un externat éreintant. J'ai des projets de voyage qui me tiennent à coeur à ce moment et que je ne pourrai jamais retrouver à aucun moment futur de ma vie.

Je suis consciente que ma position n'est pas très "solidaire". Mais je dénonce tout autant que mes collègues les moyens de pression des médecins spécialistes, et je les déplore totalement. Je compatis vivement avec ceux qui sont touchés. Je suis prête à me joindre aux manifestations organisées, à crier sur tous les toits l'injustice grave qui est commise envers nous.

Le pire, c'est qu'on n'a aucune prise sur les médecins spécialistes ! Il n'est pas écrit dans la loi qu'ils doivent nous enseigner. On ne peut les poursuivre en justice ni les obliger à le faire. D'ailleurs, "officiellement", ils ne le font pas de manière "concertée" (puisque c'est interdit par la loi 37), mais sur une base purement "individuelle" (mais tous en même temps, n'est-ce pas ?).

Le nouveau président qu'ils se sont élus jeudi soir, Dr. Barrette, est le plus radical qu'ils pouvaient trouver. Apparemment, il est prêt à faire monter la pression y compris sur les patients, par un moyen "subtil" : retarder les congés des patients aux étages par prudence et excès de zèle, ce qui fera déborder tout le réseau très rapidement.

Quant aux étudiants, notre prochaine assemblée générale est prévue lundi soir, et je me permets de craindre pour la bonne marche de mon année scolaire.

Je me permets aussi de craindre pour les futures relations entre étudiants et spécialistes. Personnellement, je me sens déjà pleine de rancune... Sur le plan humain, la situation est tout simplement intolérable. Tout ça pour se mettre plus d'argent dans les poches, quelle horreur quand même !

La relève prise entre deux feux

Menace de grève chez les obstétriciens

Pressions accrues

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Les spécialistes diagnostiquent une ouverture

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